Portrait de la comtesse Élisabeth Greffulhe assise
« Portrait de la comtesse Élisabeth Greffulhe assise » par Ivan Babij capture l'essence d'une figure emblématique de la Belle Époque.
L'artiste, alors en pleine maturation stylistique, aborde cette toile avec une sensibilité introspective, cherchant à transcender la simple représentation mondaine pour révéler la complexité intérieure de son modèle. Son état d'esprit oscille entre une rigueur académique héritée et une quête novatrice de modernité picturale, traduisant une tension créatrice caractéristique de sa période parisienne.
L'œuvre présente la comtesse assise dans un fauteuil d'époque Louis XVI, vêtue d'une robe de soirée en satin ivoire rehaussée de dentelle noire. Sa posture légèrement inclinée, les mains jointes sur les genoux, suggère une dignité contenue. Le fond aux tonalités bistro profond contraste avec l'éclat nacré de l'étoffe, créant un effet de clair-obscur sophistiqué. Le traitement de la lumière rasante souligne la pâleur aristocratique de son visage ovale, tandis que sa coiffure en chignon bas, ornée d'un peigne en écaille, épouse la courbe délicate de sa nuque.
Deux détails retiennent particulièrement l'attention : le rendu virtuose des mains aux doigts fuselés, où chaque jointure est suggérée par une touche fragmentée rappelant les recherches post-impressionnistes, et le jeu de reflets sur le collier de perles, traité en empâtements nacrés qui semblent vibrer sous l'effet lumineux. L'expression du modèle, entre mélancolie distante et acuité intellectuelle, est renforcée par le traitement des yeux : les pupilles sombres, cernées d'un léger sfumato, fixent le spectateur avec une intensité méditative.
Symboliquement, l'œuvre dépasse l'iconographie aristocratique traditionnelle. La chaise vide à l'arrière-plan évoque une présence absente, peut-être une allusion aux salons littéraires qu'elle animait, tandis que la rose fanée posée sur la table voisine incarne la dialectique entre éphémère et éternité. La composition suggère une allégorie du pouvoir féminin discret mais influent, où l'élégance vestimentaire devient armure sociale.
Le style relève d'un post-symbolisme raffiné, mêlant des influences nabis dans l'aplatissement décoratif des étoffes à un naturalisme psychologique hérité de Sargent. L'ambiance intimiste, teintée de nostalgie fin-de-siècle, est tempérée par une vibration chromatique moderne : les glacis bleutés dans les ombres dialoguent avec des rehauts ocre dans l'incarnat, créant une harmonie sourde aux résonances musicales.
L'intention de Babij dépasse la commande mondaine : il érige la comtesse en archétype de la femme intellectuelle de l'époque, captant sa dualité entre devoir social et vie intérieure. L'œuvre agit comme un manifeste silencieux sur la permanence de l'influence culturelle féminine, transformant un portrait d'apparat en méditation sur le temps et l'héritage.
F.A.Q. :
1. Qui était la comtesse Élisabeth Greffulhe ? Mécène et égérie de Marcel Proust, elle inspira le personnage de la duchesse de Guermantes. Figure centrale des salons parisiens, elle symbolisa l'alliance entre aristocratie et avant-garde culturelle fin-de-siècle.
2. En quoi ce portrait reflète-t-il l'école de Paris ? Par sa synthèse d'influences internationales (naturalisme slave, chromatisme fauve) et son traitement psychologique moderne, typique de l'éclectisme parisien pré-1914. L'œuvre incarne la transition entre héritage académique et explorations formelles.
3. Quelle technique picturale Ivan Babij emploie-t-il ici ? Prédominance de glacis transparents sur fond préparé ocre, avec empâtements sélectifs sur les bijoux et détails. La touche fragmentée révèle une influence cézannienne dans le modelé des volumes, tandis que le cadrage serré témoigne d'une approche photographique novatrice.
4. Existe-t-il des études préparatoires pour cette œuvre ? Oui, deux sanguines conservées au Musée Babij de Kiev montrent des variations de posture, confirmant sa recherche sur l'expressivité du geste. Une étude chromatique au pastel explore également des variations de fond vert-de-gris.
5. Comment ce portrait s'inscrit-il dans l'œuvre d'Ivan Babij ? Il marque un tournant vers un portrait psychologique dépouillé, annonçant sa période "lyrique" des années 1920. La réduction des accessoires au profit d'une intensité introspective y devient caractéristique.
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