Totem à décor de figures humaines
« Totem à décor de figures humaines » de Jan Krizek incarne la quête spirituelle et formelle caractéristique de l'artiste tchèque durant son immersion dans l'École de Paris. Krizek, alors en pleine exploration des arts premiers et d'une morphologie organique, puise dans un archaïsme réinventé pour transcender les canons occidentaux. Son état d'esprit, marqué par une fascination pour les rituels ancestraux et une méditation sur l'essence humaine, se cristallise dans cette œuvre où le sacré dialogue avec le matériau brut.
La sculpture présente une structure verticale en bois massif, évoquant un fût totémique aux proportions hiératiques. Sa surface, animée par une succession de figures humaines gravées en bas-relief, déploie une frise narrative abstraite. Les silhouettes stylisées, aux membres cylindriques et aux visages réduits à des ovales incisés, s'entrelacent dans une composition rythmée. Leur agencement suggère à la fois une procession rituelle et une généalogie symbolique, tandis que les entailles profondes créent un jeu d'ombres accentuant la tridimensionnalité. La patine naturelle du bois, soulignée par des résidus de pigments ocres, révèle des nuances chaudes et terreuses, renforçant l'évocation d'un artefact cérémoniel.
Un détail saisissant réside dans la dualité texturelle : les parties polies contrastent avec des zones laissées rugueuses, évoquant une dialectique entre civilisation et primitivité. Les yeux des figures, percés en amande, agissent comme des points d'ancrage visuels, leur vide intensifiant l'expressivité minimaliste. L'équilibre asymétrique de la base, légèrement érodée, confère une impression d'instabilité maîtrisée, rappelant la fragilité des traditions face au temps.
Symboliquement, l'œuvre fonctionne comme un axis mundi contemporain : elle relie le terrestre au cosmique par sa verticalité totémique, tout en interrogeant la mémoire collective. Les figures répétées, bien que schématiques, évoquent une humanité universelle dépersonnalisée, oscillant entre individualité effacée et communion tribale. Cette abstraction anthropomorphe renvoie aux archétypes jungiens, transformant le bois en support de projections psychiques.
Stylistiquement, Krizek fusionne l'esthétique tribale africaine et océanienne avec les principes de l'art informel européen. L'ambiance oscille entre mystère sacral et inquiétude existentielle, typique de la scène parisienne d'après-guerre. Les formes épurées, libérées de tout naturalisme, s'inscrivent dans un expressionnisme abstrait à portée métaphysique, où la gravure devient écriture symbolique.
L'intention sous-jacente révèle une méditation sur l'identité culturelle et la permanence du sacré. Krizek, exilé volontaire, sculpte une synthèse transhistorique : ce totem agit comme un palimpseste visuel, convoquant les mythologies oubliées pour questionner la condition humaine moderne. Il affirme ainsi la sculpture comme acte de résistance contre l'oubli, transformant la matière en vecteur de transcendance.
F.A.Q. :
1. Quelle est la période de création de « Totem à décor de figures humaines » ? L'œuvre s'inscrit dans la production parisienne de Jan Krizek entre 1950 et 1960, période où il approfondit systématiquement son langage sculptural inspiré des arts premiers.
2. Quelles techniques Jan Krizek privilégiait-il pour ses sculptures sur bois ? Krizek employait des outils traditionnels (gouges, ciseaux) pour sculpter des bois durs, combinant polissage partiel et traces d'outils visibles. Il utilisait parfois des pigments naturels pour accentuer les reliefs, privilégiant la patine du matériau brut.
3. Comment cette œuvre s'insère-t-elle dans le contexte de l'École de Paris ? Elle illustre le dialogue entre avant-garde européenne et arts non-occidentaux, caractéristique des artistes de l'École de Paris. Krizek y apporte une sensibilité centrée sur la spiritualité archaïque, distincte du lyrisme de ses contemporains.
4. Quelle est la signification des figures répétées sur le totem ? Elles symbolisent l'universalité de l'expérience humaine, évoquant à la fois des ancêtres, des esprits gardiens ou des facettes de l'inconscient collectif, dans une démarche proche de l'art brut.
5. Où peut-on voir des œuvres similaires de Jan Krizek ? Ses sculptures sont conservées au Musée d'Art Moderne de Paris, au Centre Pompidou, et dans des collections privées spécialisées dans l'art de l'École de Paris et l'art singulier.
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