« Nature morte au bol et aux pêches » de Miron Duda incarne une méditation picturale sur l'épure et la matérialité, caractéristique de la sensibilité post-cubiste de l'École de Paris des années 1950.
L'artiste, alors en quête d'équilibre entre rigueur formelle et lyrisme chromatique, transpose ici un état d'esprit contemplatif, oscillant entre mélancolie existentielle et célébration silencieuse du quotidien.
L'œuvre présente un bol en céramique émaillée, aux reflets gris-bleutés, posé sur un plan de travail aux nuances terreuses. Trois pêches mûres, à la peau veloutée striée de rouge carmin et d'ocre, occupent le récipient avec une grâce organique. Une quatrième pêche repose isolée à gauche, adossée à un fragment de tissu aux plis géométrisés. L'arrière-plan, traité en camaïeu de gris chauds, dissout toute profondeur superflue pour concentrer le regard sur le dialogue des volumes.
Un détail essentiel réside dans le traitement lumineux : un éclairage latéral sculpte les fruits en accentuant leur rondeur sensuelle par des dégradés subtils, tandis que l'ombre portée du bol dessine une diagonale dynamique sur le plan. La texture des pêches, suggérée par des empâtements discrets, contraste avec la surface lisse du récipient, révélant une maîtrise de la dialectique matière/esprit.
Symboliquement, l'œuvre évoque la dualité entre abondance et solitude. Le groupe de fruits incarne la convivialité et la générosité de la nature, tandis que la pêche isolée, libérée du contenant, suggère une quête d'autonomie ou la fragilité de l'éphémère. Le bol, archétype du réceptacle domestique et sacré, devient un seuil entre le tangible et le métaphysique.
Stylistiquement, Duda fusionne la discipline structurelle de Braque – par la simplification géométrique des formes – avec une palette fauve assagie, où les ocres vibrants dialoguent avec des gris chromatiques sophistiqués. L'ambiance, à la fois intime et universelle, confine au sacré : les objets transfigurés par la lumière acquièrent une présence quasi iconique, distillant une sérénité mélancolique.
L'intention de l'artiste réside dans l'exaltation du banal.