« Autoportrait » de Reuven Rubin dévoile une introspection vibrante où l'artiste, figure majeure de l'École de Paris durant l'entre-deux-guerres, fusionne identité personnelle et symbolisme culturel. Rubin, alors en pleine affirmation de sa dualité diasporique et sioniste, se représente avec une sérénité méditative, empreinte d'un optimisme teinté de mélancolie.
L'œuvre présente l'artiste en buste, le regard frontal perçant mais apaisé, vêtu d'une chemise aux tons terreux évoquant les paysages de Palestine. Son visage, modelé par des traits synthétiques et des jeux d'ombres subtils, se détache sur un arrière-plan épuré où se devinent des motifs architecturaux stylisés rappelant Jérusalem. La palette, dominée par des ocres chauds, des verts profonds et des touches de bleu céruléen, crée un lyrisme chromatique caractéristique.
Un détail saisissant réside dans le traitement des mains : aux doigts allongés et expressifs, elles semblent à la fois ancrées dans la tradition picturale et porteuses d'une énergie créatrice quasi mystique.
L'œuvre s'érige en allégorie identitaire, où l'individu devient archétype du renouveau juif, intégrant une synesthésie picturale entre corps et terre promise.
Le style, oscillant entre primitivisme moderne et expressionnisme poétique, baigne dans une ambiance de quiétude lumineuse, mêlant influences post-cézanniennes et iconographie orientalisante. Rubin y affirme moins un ego artistique qu'un manifeste existentiel : transcender l'exil par l'art, célébrant la renaissance culturelle comme acte de foi.
L'intention dépasse l'autoreprésentation pour incarner une vision utopique où l'artiste, en passeur spirituel, unit héritage européen et rêve méditerranéen.
F.A.Q. :
1. Reuven Rubin est-il considéré comme un peintre de l'École de Paris ?
Oui, bien qu'ultérieurement associé à l'art israélien, Rubin fut un acteur clé de l'École de Paris dans les années 1920. Son séjour parisien (1919-1923) fut déterminant pour sa synthèse stylistique mêlant modernisme occidental et thématiques orientales.
2. Quelle est la valeur marchande actuelle des œuvres de Rubin ?
Les autoportraits et paysages emblématiques de Rubin atteignent régulièrement 100 000 à 500 000 € en ventes aux enchères (Sotheby's/Christie's). Sa rareté sur le marché secondaire et son statut de pionnier de l'art israélien renforcent sa cote.
3. "Autoportrait" reflète-t-il l'engagement sioniste de Rubin ?
Absolument. Peint après son installation en Palestine (1923), l'œuvre incarne sa "période prophétique" où l'individu s'efface derrière une allégorie collective. Le fond évoquant Jérusalem et les couleurs telluriques symbolisent l'enracinement.
4. Existe-t-il des études préparatoires pour cet autoportrait ?
Aucun dessin connu n'est répertorié, ce qui corrobore la spontanéité gestuelle de Rubin. L'artiste privilégiait souvent l'immédiateté, travaillant directement sur toile avec une matière généreuse.
5. Comment distinguer un vrai Rubin d'une copie ?
L'authentification repose sur : l'analyse des pigments (usage typique de vert véronèse et d'ocre rouge), la texture empâtée caractéristique, et la comparaison avec les archives du Rubin Museum à Tel Aviv, détenteur des catalogues raisonnés.