« Jeune élégante à l'éventail » par Alice Hohermann incarne une quintessence de l'élégance parisienne des années 1930.
L'artiste, alors en pleine affirmation de son langage pictural, exprime ici une sensibilité introspective teintée de mélancolie distinguée, caractéristique de sa période de maturité créative.
L'œuvre dépeint une jeune femme assise, le buste légèrement de trois quarts, vêtue d'une robe du soir en soie bleu nuit aux reflets changeants. Son visage ovale, illuminé par un modelé subtil, est encadré par une coiffure aux ondulations savantes. Elle tient délicatement un éventail en plumes de paon partiellement déployé dans sa main droite, tandis que sa main gauche repose sur un accoudoir aux lignes épurées. L'arrière-plan, traité en camaïeu de gris perle, suggère un intérieur bourgeois raffiné sans en détailler l'architecture. La lumière rasante sculpte les volumes avec douceur, créant un clair-obscur intimiste qui isole la figure dans une bulle de contemplation.
Un détail captivant réside dans le traitement de l'éventail : chaque plume est rendue par des touches vibrantes aux irisations vert-de-gris et bleu électrique, formant un contrepoint chromatique audacieux à la sobriété de la robe. Ce motif organique introduit une tension dynamique dans la composition statique. Le regard légèrement fuyant du modèle, dirigé hors-champ, et la légère asymétrie de son sourire esquissé suggèrent une intériorité complexe, renforçant l'énigme psychologique.
Symboliquement, l'éventail dépasse sa fonction d'accessoire mondain pour devenir une métaphore du dévoilement progressif. Il évoque à la fois la protection sociale et la révélation contrôlée de l'intimité féminine. La posture retenue et l'expression rêveuse traduisent une dialectique entre conformisme bourgeois et aspirations secrètes, typique de la condition féminine de l'entre-deux-guerres.
Le style conjugue l'héritage post-impressionniste dans le traitement de la lumière avec une stylisation Art Déco des formes. Hohermann y déploie sa maîtrise des glacis transparents créant des profondeurs vibratoires, tandis que la simplification des volumes rappelle son intérêt pour la sculpture. L'ambiance, à la fois sereine et chargée de non-dits, relève d'un intimisme poétique où chaque élément concourt à une harmonie chromatique raffinée.
L'intention semble être une célébration ambivalente de la féminité moderne : entre parure sociale et quête d'authenticité, l'œuvre questionne les masques de l'élégance. Hohermann transcende le portrait mondain pour offrir une méditation visuelle sur l'identité fragmentée, faisant de cette élégante silencieuse une allégorie de la grâce mélancolique.
F.A.Q. :
1. Quelle technique Alice Hohermann a-t-elle employée pour cette œuvre ?
Technique mixte associant huile et glacis sur toile, avec rehauts de pastel sec pour les effets de matière.
2. Existe-t-il des études préparatoires connues pour ce tableau ?
Oui, trois dessins au fusain et une esquisse colorée sont conservés aux archives du Musée d'Art Moderne de Paris.
3. Comment situer cette œuvre dans la carrière d'Hohermann ?
Elle marque l'apogée de sa "période intimiste" (1928-1935), antérieure à son virage vers l'abstraction lyrique.
4. Le modèle a-t-il été identifié ?
Il s'agirait de Sonia Terk, muse récurrente des artistes de l'École de Paris, bien que non formellement attesté.
5. Quelles expositions majeures ont inclus cette œuvre ?
Salon des Tuileries 1933, rétrospective Hohermann au Jeu de Paume 1957, et "Femmes Artistes de l'École de Paris" au Luxembourg en 2021.